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Ouest France du 23 août 2020

Arnaud Le Gouëfflec, écrivain multimédia, héraut du fantastique social

Brest en toutes lettres. Romancier, scénariste de bande-dessinée, chanteur, auteur-compositeur… Arnaud Le Gouëfflec, aussi atypique que prolifique, refuse de s’enfermer dans un genre. Le dénominateur commun ? L’écriture, son « passeport pour voyager dans le monde de la création ».

Arnaud Le Gouëfflec, 45 ans, revendique l’influence de Pierre Mac Orlan, précurseur du « fantastique social » : « À Brest, la réalité dépasse souvent la fiction ! Ce réalisme en trompe-l’oeil m’inspire… »
Frédérique GUIZIOU.

Chanteur et songwriter, scénariste de bande dessinée, romancier, fondateur du collectif d’artistes Le Studio Fantôme, directeur du label « souterrain et mystérieux » L’Église de la petite folie, organisateur du festival Invisible, dédié aux musiques inclassables… Bref, Arnaud Le Gouëfflec, 45 ans, aussi atypique que prolifique, refuse de se laisser enfermer dans un genre.

Le dénominateur commun ? L’écriture, alimentée par ses sources de fascination, le polar, la SF, le rock… À l’image d’un autre écrivain brestois, Hervé Bellec (Ouest-France du 16 août 2020), Arnaud Le Gouëfflec est venu faire ses études à Brest. Il n’en est jamais reparti. Et lui aussi est devenu prof avant de se consacrer exclusivement à l’écriture.

Mais leurs influences majeures diffèrent : Hervé Bellec, l’auteur de Rester en rade, invoque Jack Kerouac, l’étendard de la Beat Generation. Arnaud Le Gouëfflec, l’auteur de Mon nom est Person en réfère, lui, à Pierre Mac Orlan. Un précurseur.

« T’as d’beaux yeux, tu sais ! »

« Comme Cocteau, Mac Orlan était un auteur multimédia. Écrivain mais aussi chansonnier, peintre, illustrateur… Avec les péripéties de Frip et Bob, il fut le premier auteur complet de BD ! énumère Arnaud Le Gouëfflec. Au XXe siècle, et encore plus au XXIe, un écrivain ne peut pas faire comme s’il vivait toujours au XIXe ! Il faut quelqu’un pour écrire les scénarios des BD, les paroles des chansons. On peut être écrivain dans un monde multimedia. »

Avant de donner son nom, à Brest, à un cinéma puis à une salle de spectacles, Mac Orlan, c’est Quai des Brumes, la fameuse réplique de Jean Gabin à Michèle Morgan, « T’as d’beaux yeux, tu sais ! ». C’est aussi L’Ancre de miséricorde, qui regorge de mille détails sur Brest à la fin du XIXe siècle. « Une oeuvre fascinante, continue Arnaud. Ancré dans la vie nocturne, familier de sa faune, Mac Orlan oscillait entre comédie et désespoir, entre burlesque et romantisme… »

Ce « fantastique social », la marque de fabrique de Mac Orlan, Arnaud Le Gouëfflec le revendique aujourd’hui. Parce qu’il a grandi à la campagne, en Normandie, où ses parents étaient fonctionnaires, Arnaud adorait venir en vacances à Brest. Il y retrouvait une joyeuse tribu d’oncles et de tantes : « Mon grand-père était peintre en bâtiment, ma grand-mère femme de ménage. Des gens très simples, qui comprenaient le sens du mot solidarité. Cette conscience sociale m’a marqué. »

Ses histoires de famille ont nourri son imaginaire et sa vocation littéraire : « Comme tous les Brestois qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale, ils racontaient des histoires de résistance, de collaboration. Ils avaient connu les évacuations et l’exil, ils connaissaient des héros et des salauds. Surtout, ils avaient beaucoup d’humour. »

Chanteur et songwriter, romancier, scénariste de BD, Arnaud Le Gouëfflec refuse de se laisser enfermer dans un genre.

Son premier roman, Basile et Massue, dépeint, dans « une ville portuaire pluvieuse », des héros pathétiques mais poignants, réunis par l’amitié, la fête et l’alcool. L’arrivée d’un troisième larron à la personnalité ambiguë va les conduire au drame : « La nuit est un lieu à part. Un lampadaire, du crachin, tout devient fantasmagorique, les comportements changent, le théâtre d’ombres prend vie. »

Un réalisme en trompe-l’oeil : « À Brest, la réalité dépasse souvent la fiction ! La scène rock brestoise a porté de sacrés personnages : voyez Tony Collins, le légendaire chanteur austalien des Reptiles at Dawn, ce groupe aussi important que les Stooges. C’est à Brest qu’il est venu fonder The Lost Disciples ! »

L’aura d’Arnaud grandit avec l’entrée en scène de son Guerrier Mouktar. Un texte culte, devenu pièce musicale et court-métrage, au gré de collaborations avec des artistes amis comme Pierre-Henri Juhel, Ronan Loup ou Kevin Wright.

« Je fantasmais sur Brest »

Dans une ville qui ressemble à Brest, une bande de loosers s’évade de la platitude de leurs existences en se racontant les histoires du guerrier Mouktar, une sorte de ninja hindou auquel ils s’identifient. Tout bascule quand ces potes de bistrot veulent en découdre avec un amiral casseur de rêves…

Voilà ses thèmes de prédilection tous réunis : la nuit, l’errance, le secret, les personnages extraordinaires, le pouvoir de l’imagination… Et Brest ! « Tout jeune déjà, je fantasmais sur la ville. Singulière, romanesque. Avec ses zones interdites, ses bateaux militaires et… ses disquaires qui ont fait mon éducation musicale ! Brest, c’est une atmosphère, un décor de cinéma. Un écran superbe pour projeter des films noirs. Une ville coupée en son centre par un pont aussi remarquable que celui de Recouvrance, ça crée une tension ».

Arnaud Le Gouëfflec : « L’écriture, pour moi, est un passeport pour voyager dans le monde de la création. »

Depuis plusieurs années, il s’est attelé à « un gros chantier, très documenté, avec l’Histoire de la Ve République en toile de fond ». Ce « roman d’apprentissage » met en scène Corolleur, personnage au don mystérieux. Deux passages clés se déroulent à Brest : quand le père du héros se retrouve sous les bombardements en août 1944, à la fin du conflit.

Et quand le héros découvre une vérité fondamentale sur lui-même.

« L’écriture, pour moi, reste un passeport pour voyager dans le monde de la création. »

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