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Les critiques du Goéland Masqué :  » Redemption Factory « 

L’auteur, Sam Millar, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.

L’Irlande de Sam Millar n’est pas celle des paysages ruraux de la « verte Erin » qu’un flot de touristes, nostalgique d’un Eden fantasmé, cherche à retrouver à chaque visite. Certes, dans le classique, vous retrouverez un pub à Guiness, la passion du héros pour le snooker, l’évocation de vieilles légendes qui nous disent que dans le « Warrior Field » se trouvent les restes de centaines de combattants massacrés par les Vikings et dès l’ouverture du roman, l’agonie d’un prisonnier torturé par ses camarades pour avoir trahi la cause révolutionnaire. Mais le récit de Millar se situe à un autre niveau…
La Redemption Factory est un gigantesque abattoir de Belfast à la limite d’une zone industrielle à l’abandon où « les wagons déglingués achèvent de mourir de vieillesse et de rouille » sous un temps sombre et maussade où s’exhalent les odeurs de renfermé et les relents d’urine. C’est pourtant là que Paul, au chômage depuis un an, se présente pour un éventuel emploi. Il ne se doute pas qu’il ouvre les portes de l’Enfer…Seuls existent dans cet univers ceux qui ont le pouvoir : Violet l’inquiétante secrétaire « à la tête anormalement grosse et à la peau pourrie », Taps l’homme de main du patron Shank dont l’admiration qu’il porte à William Blake n’est pas le versant le plus rassurant de sa personnalité. Enfin Geordie l’infirme, l’air enragé, qui est la tueuse en chef de l’abattoir et qui fera passer à Paul un baptême/bizutage sous le signe du Sang. Les autres, la masse anonyme des ouvriers est réduite dans une stricte hiérarchie du travail, à la couleur des casques qu’ils portent, à la seule fonction qu’ils exercent et aux dépenses effectuées au pub ou dans la boutique d’un prêteur sur gages. Là vit et travaille un étrange couple : Philippe Kennedy amateur de livres anciens (dont on apprendra à la fin du roman ses liens avec Paul) et Cathleen son épouse, âpre au gain, alitée en permanence, exprimant sa haine du genre humain par tous les orifices de son corps.
Au cœur de cette damnation sociale peut-on être sauvé ? existe-t-il une chance quelconque de rachat ? Lucky Short, looser sympathique, seul ami de Paul pourrait faire partie des élus s’il n’était aussi lâche et couard ; c’est d’ailleurs lui qui provoquera la catastrophe finale… à laquelle peu réchapperont.
On l’a bien compris, dans cette œuvre le roman Noir côtoie le fantastique et l’épouvante et c’est tout le mérite de l’auteur de savoir mettre en scène les noirs desseins de l’âme humaine. Si le livre une fois commencé ne vous lâche plus et une fois refermé continue à vous hanter c’est aussi grâce à la traduction de Patrick Raynal qui a fait connaître Sam Millar en France.
• Redemption Factory est le second roman de Sam Millar ancien combattant de l’IRA, condamné à 14 années d’emprisonnement à Long Kesh : « nu dans ma cellule et battu tous les jours, ceci ne cesse de hanter mon écriture …la littérature Noire est le meilleur moyen de faire sortir de mon âme les aspects les plus noirs de l’humanité, que mon expérience m’a conduit à rencontrer ».
• Sam Millar vit aujourd’hui à Belfast.

Roger Hélias

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