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Les critiques du Goéland Masqué : « Mauvaise étoile « 

Roger Jon Ellory

Au départ des romans de Roger Jon Ellory, trois points : un personnage, un état des USA à une époque donnée – ce qui l’amène à modifier son écriture -, et une question. Ellory met un quidam aux prises avec des évènements extraordinaires. Il n’aime pas les personnages tout d’une pièce ; ce qui l’intéresse, ce sont les failles, les faiblesses de l’être humain sujet aux erreurs. Les personnages sont porteurs d’une question personnelle de l’auteur et vont l’aider à y apporter quelques éléments de réponse. Il ne peut donc y avoir de synopsis préalable, les personnages peuvent évoluer de façon inattendue, et ce n’est que rétroactivement, une fois que le roman est entièrement construit, avant la phase de l’écriture définitive, que R.J. Ellory met la touche finale à la scène d’ouverture du roman, à laquelle il accorde une importance majeure, car elle en situe l’enjeu éthique.

Voilà ce qu’il a exposé le mercredi 6 novembre 2013
à l’Espace Café de la librairie Ravy à Quimper.

Son neuvième roman publié, « Bad Signs », Orion Ed. 2011, est le quatrième ouvrage traduit en 2013 en français aux Ed. Sonatine sous le titre « Mauvaise Etoile ».

Ce slow motion thriller foisonnant, situé dans les années 60, vous embarque d’un orphelinat et centre de redressement pour mineurs de Barstow, California, en direction de l’Arizona, pour des haltes dans des diners de patelins paumés comme Twentynine Palms, une nuit dans un motel miteux de Phœnix, une halte dans une Convenience Store and Gas Station le long de l’autoroute à Marana, dans une errance qui tendrait vers Eldorado,Texas.

9 jours, 79 courts chapitres, 436 pages (version anglaise). Course folle d’un adulte psychotique et de deux demi-frères adolescents qu’il a pris en otages.

Contingences, rencontres avec le Réel prises en pleine gueule au sens propre comme au figuré. Comment les protagonistes se débrouillent pour continuer à vivre, ou survivre – ou pas. L’écriture, qui ne roule pas à vitesse constante, en accompagne les péripéties. Quelques scènes de meurtre sont dignes du cinéma de Q. Tarantino mais il n’y a chez R.J. Ellory aucune complaisance, ces scènes sont nécessaires à la compréhension de la transformation psychique de celui que le passage à l’acte modifie à jamais. La plupart du temps, la victime meurt avant même avant de toucher le sol, (c’est la phrase qui revient le plus souvent dans le roman), pas de détails morbides superflus.

L’architecture du roman est complexe et astucieuse, toujours surprenante. Ce qui n’empêche pas une extrême attention aux détails, aux personnages secondaires croqués en quelques mots, souvent avec humour, jamais avec cruauté. Attention ! Un personnage que vous pensiez suivre tout au long du roman peut mourir subitement, un protagoniste juste aperçu peut prendre le devant de la scène.

Le suspense est constant mais ne survient pas toujours où on l’attendrait. Ainsi, on se retrouve captivé dans le premier chapitre par une scène au premier abord mineure : Clay, le plus jeune des frères, en réponse à la provocation de Digger son aîné, tente de voler la rootbeer bien fraîche du gardien du camp. Le narrateur nous fait partager ses atermoiements, retarde l’instant de sa décision, et nous nous affligeons ensuite de sa déroute. C’est là la fameuse openingscene du roman : Clay continuera-t-il dans cette voie de loyauté à son frère ou fera-t-il, et à quel prix, ses propres choix ?

Marie Pen’Du
Le 12/11/2013

 

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