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Les critiques du Goéland Masqué : Le poulpe

L’auteur, Jean-Bernard Pouy, sera présent au 13e Festival du Goéland Masqué.

En matière de polar, on aime pouvoir compter sur son héros. On s’apprivoise, on finit par bien se connaître, avoir un peu les mêmes goûts. On passe deux ou trois heures ensemble, à l’occasion, le temps d’un TGV, il nous raconte ses dernières prouesses. Le Poulpe est de ces héros familiers. Il ne porte pas les costumes croisés de SAS, mange plus proprement que Béru, et ne piquera jamais sa tasse de thé à Miss Marple. Il est célibataire, mais un petit peu amoureux de Cheryl, tout de même, il a des potes, il aime la bière mais pas le vin et les jours de coup de blues, il se fait materner par Maria, la taulière du Pied de Porc à la Sainte Scolasse. Gabriel a une histoire, aussi, un peu lourde, celle-là. Une histoire de parents disparus dans un accident de voiture quand il était gamin. Une histoire qui a imprimé au fer rouge ce besoin de tribu, et cette terreur de l’attachement, puisqu’un revers de destin peut le rompre pour toujours. Le Poulpe vit à l’hôtel.

Indépendant, il ne doit rien à personne et n’en fait qu’à sa tête. Ses enquêtes sont celles qui habituellement passent aux oubliettes, la rubrique faits divers du journal, là où parfois certaines lectures le chatouillent d’un frisson qu’il connaît bien, et le jettent sur les routes, à la recherche de l’embrouille qui se cache derrière les trois lignes laconiques. Le Poulpe est un traqueur de nuisibles, animé par sa seule conception d’un monde juste et propre. L’escapade justicière terminée, il revient s’asseoir au Pied de Porc à la Sainte Scolasse, et reprend la lecture du journal.

Le personnage est né en 1995, sous la plume de Jean-Bernard Pouy. En cadeau de baptême, un cahier des charges. Le héros étant orphelin, tous les papas (et quelques mamans) sont les bienvenus. Au total, plus de deux cents titres et autant d’auteurs, le principe étant de faire tourner la carte blanche. L’aventure commence pourtant comme une pochade de lycéens, une variante de « t’es pas cap » à laquelle se mesurent les copains de la bande, Jean-Bernard Pouy, Serge Quadruppani, Patrick Raynal, Didier Daeninckx. Au fil des titres et du succès, écrire un Poulpe devient un must, et la liste s’allonge d’épisodes plus ou moins heureux, comptant même la version de Romain Goupil, échappé du cinéma, et celle de Cesare Battisti ! Entre temps, Gabriel n’y suffisant pas, Cheryl a pris du service et enquête pour son propre compte.

En 1998, le cinéma lui donne un visage. Ce sera celui de Jean-Pierre Darroussin, filmé par Guillaume Nicloux, le scénario restant l’apanage des pères biologiques, Pouy et Raynal. Jean-Bernard Pouy confie, avant la sortie du film : « C’est un objet un peu ailleurs et, en même temps, une version supplémentaire du Poulpe, une version cinéma qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que Patrick ou moi pensons du Poulpe mais avec ce que pense Nicloux du Poulpe. » Et pourquoi pas ?

Depuis 2000, pour ne rien négliger, Gabriel Lecouvreur coince la bulle ! Douze albums BD sont déjà parus, certains directement propulsés au rayon collectors. Le Poulpe a évidemment un site internet, ou plutôt des sites, sur lesquels on peut trouver des biographies des personnages principaux, des interviews de Pouy ou Raynal, et même des produits dérivés !

Mais au départ, il y a le texte, et pour les néophytes, une seule règle : retourner aux origines, aux premiers récits, ceux qui posent les bases de la série et dessinent le personnage. Après, chacun reconnaîtra « son » Poulpe, dans cette débauche de signatures, mais après tout, c’est comme avec tous les vieux copains. Parfois, on ne voit pas le temps passer, mais certains jours, ils n’ont vraiment rien à raconter !

Catherine Le Ferrand

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