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Les critiques du Goéland Masqué : « Le petit bleu de la côte Ouest »

Georges Gerfaut ne se pose pas de questions. Ou alors, si ça lui arrive, il s’empresse de les noyer dans le Cutty Sark. Il lui arrive aussi de faire des choses qu’il ne comprend pas. Par lassitude, ou par ennui. C’est comme ça qu’il file à l’anglaise après avoir déposé aux urgences un accidenté de la route qu’il a cueilli par hasard dans un coin de fossé. C’est comme ça aussi qu’il ne peut pas savoir que le blessé en question n’a pas raté son virage tout seul, mais qu’on l’a un tout petit peu aidé, avec trois balles dans le buffet. Alors, évidemment, il ne peut pas comprendre pourquoi deux tueurs à gage s’obstinent à lui nuire et à pourrir sa vie qui n’a vraiment pas besoin de ça.

Dix mois de cavale pour boucler la boucle, se défaire de tout ce qui gêne, et retourner à la case départ, la tête perdue dans un de ces petits bleus de la côte ouest, ce blues west coast qui lui ferait presque croire qu’il existe.

L’écriture de Manchette a le génie du quotidien, le désespoir serein. Aujourd’hui qu’explose le polar français, ayons une petite pensée pour les bâtisseurs. Presque dix ans après sa mort, l’œuvre de Manchette est plus que jamais l’élément fondateur. Pas seulement du polar, d’ailleurs, mais d’une certaine vision de l’absurdité du quotidien. La vie, c’est un genre de roulette russe. On la prend en pleine tête, et après, c’est chacun pour soi.

Catherine Le Ferrand








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