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Le Télégramme du 9 juin 2019

L’envol de Nicolas Mathieu, prix Goncourt

Nicolas Mathieu : « Le Festival a une place particulière dans ma vie ».

Nicolas Mathieu est de retour au Goéland Masqué avec son deuxième roman « Leurs enfants après eux », paru chez Actes Sud et auréolé du prix Goncourt. Bien que très sollicité, c’est un rendez-vous qu’il ne voulait pas manquer.

Votre premier livre « Aux animaux la guerre » était un roman noir, c’est un genre qui vous séduit plus particulièrement ?

J’y suis venu parce que j’en lisais beaucoup, entre 20 et 25 ans. J’étais très fan de Jean-Patrick Manchette et j’ai lu ses chroniques : il théorise un peu ce qu’est la littérature noire, à quoi ça sert. Moi, cela m’a servi à arrêter d’écrire des trucs chiants tout en continuant à faire de la littérature. Je crois que je m’étais perdu un certain temps dans une littérature de recherche ou expérimentale, un peu emmerdante en fait. Et finalement ce dont j’avais envie, c’était de faire une littérature qui puisse parler des gens, les séduire et le roman noir sait bien faire ça, c’est-à-dire accrocher le lecteur avec une intrigue qui va vous faire tourner les pages. Et sur ce fil-là, sur la corde à linge, on va pouvoir étendre absolument ce qu’on veut, de la sociologie, faire du style en douce, des portraits de femme, d’homme. Sans doute que cela m’a permis d’écrire aussi en surmontant mes complexes parce que je ne venais pas d’un milieu intello. Mais je ne suis pas passé du roman noir à la littérature blanche. Je pense que j’ai fait un deuxième roman noir. Il était évident pour moi qu’il allait être publié en Actes noir mais mon éditeur m’a dit : écoute un vol de moto, cela va faire juste. Il m’a dit aussi le lectorat qui a aimé ton premier roman il va te suivre alors que les gens qui ne lisent jamais de polar ne vont pas le faire. C’est une manière aussi d’accéder à d’autres lecteurs.

Vous avez obtenu le prix du premier roman du festival pour ce livre, cela a été un
encouragement pour la suite ?

Ce festival, il a une place toute particulière dans ma vie. Mon premier roman avait été
repéré par Patrick Raynal qui est habitué de ce festival et est l’ancien boss de la série
noir. Il m’a fait inviter ici. C’était le deuxième salon que je faisais dans ma vie. Quand on
sort un premier roman, il y a de fortes chances que personne ne le lise. Ces invitations
au départ, elles ont compté, elles m’ont permis de rencontrer des tas de gens.du roman
noir, des gens que j’avais lu, que j’admirais. Et puis l’année suivante, en juin 2015, je
suis revenu mais pour le prix. C’était important par ce qu’il y a une reconnaissance mais
aussi parce qu’il est bien doté ce prix et que dans une vie d’écrivain, les prix bien dotés,
ça compte.

Dans ce deuxième roman plutôt réaliste, ancré dans une région La Lorraine
victime de la désindustrialisation, vous donnez la parole aux petites gens ?

J’ai vécu dans les Vosges. Ce sont des régions qui ont vu les ferments de leur prospérité
disparaître et cela a produit des effets sur la vie des gens, sur le contexte politique qui
sont assez dramatiques. C’est un univers social où j’ai grandi. Mes parents n’étaient pas
ouvriers mais ils appartiennent à des mondes analogues. J’essaye de parler de ce qui
me touche des choses que je connais. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer ce que
l’économie fait aux territoires, aux corps. C’est aussi un roman d’apprentissage que
j’avais envie de faire sur l’adolescence, sur le temps qui passe.

Vous revenez auréolé du prix Goncourt, cela a changé quelque chose dans votre
vie ?

Tout, vraiment. Ce qui a beaucoup changé, c’est ma situation financière. Du jour au
lendemain, on n’a pu ces questions à se poser. Ce qui a changé aussi c’est le regard
des autres sur moi. C’est un tel afflux de légitimité institutionnelle. La veille, je n’étais
personne, le lendemain, je suis le Goncourt. Ma parole a un poids qui a changé. Ce qui
change aussi c’est que je ne peux plus écrire car je suis tout le temps en vadrouille. On
est très, très, très sollicité. Je dis non à plein trucs et ce salon. J’ai dit oui car j’ai une
dette.

Pratique

Festival du Goéland Masqué ce dimanche de 10 h à 19 h et lundi de 10 h à 16 h à la
salle Cap Caval à Penmarc’h.

Plus d’infos sur www.goelandmasque.fr

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