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Le Télégramme du 4 juin 2022

Le Goéland Masqué à Penmarc’h : Frédéric Paulin fait de l’histoire récente des romans noirs

Frédéric Paulin a reçu le prix Mystère de la critique pour son dernier roman « La nuit tombée sur nos âmes ». (Julien Joly, Le Mensuel de Rennes)

L’auteur rennais Frédéric Paulin sera l’un des invités du festival du Goéland masqué, ce week-end, à Penmarc’h. Dans son dernier roman noir « La nuit tombée sur nos âmes », il revient sur les violents événements en marge du sommet du G8 à Gênes, en juillet 2001.

La violente répression des manifestations altermondialistes lors du somme du G8 à Gênes en juillet 2001 est au cœur de votre dernier roman, ce sont des événements que vous avez vécus de l’intérieur ?

J’y étais du côté des manifestants. À l’époque, j’étais un citoyen conscientisé et doctorant en sciences politiques et je faisais une thèse sur la gauche extraparlementaire post 68. J’avais quelques connaissances dans ces milieux, à la LCR mais aussi dans des mouvements plus autonomes, les black blocs. J’y suis allé pour ces deux raisons et surtout parce qu’on avait l’impression de peser à l’époque. Il y avait 400 organisations au forum social de Gênes. Le spectre était assez large, cela allait jusqu’à la gauche du Parti socialiste mais il y avait aussi des groupes chrétiens, avec des jeunes, des moins jeunes, des retraités, des salariés. Tous les groupes se sont en fait séparés. Berlusconi a réussi à casser symboliquement cet amalgame de différents mouvements qui voyaient les choses d’un autre œil. J’estime aussi que le 11 septembre 2001 a mis un couvercle sur ce qui s’est passé.

Vous nous plongez à travers un récit très documenté dans les coulisses des événements.

J’essaie de faire une radiographie de ces cinq jours. Je suis dans les rangs des manifestants et des black blocs. J’ai des journalistes qui ont une vision un peu plus d’ensemble, des flics et des politiciens qui se réunissent dans la zone rouge. L’idée est de multiplier les points de vue pour être au plus proche de la réalité. C’est d’ailleurs un peu l’ambition de tous mes livres. C’est un roman mais c’est beaucoup de documentation également. C’est ma façon de travailler, documenter l’histoire et glisser dans les zones grises ma fiction.

Vous écrivez que toute une jeunesse a été marquée par ce qui s’est passé et que rien ne sera plus comme avant, qu’entendez-vous par là ?

Personnellement, j’ai bien senti que quelque chose s’était brisé. J’en ai ramené quelques angoisses. Je pense que tous les gens qui y sont allés en parlent comme d’un tournant dans leur existence. Je fréquentais pas mal les manifs mais il y avait la croyance que tout cela était un peu théâtralisé. Disons que j’avais la certitude que l’État protégeait ses citoyens même si cela pouvait être violent. À Gênes, je me suis aperçu que cela pouvait aller loin, que cela pouvait tuer un jeune homme, donner lieu à des séances de torture dans une prison, que la violence pouvait être débridée et cela venait des flics, de l’État. Vingt ans après, on voit bien que le maintien de l’ordre ne cherche plus la pacification. On a vu cela aux abords du Stade de France, avec les Gilets jaunes, ou pendant la loi Travail. On peut aller à une manifestation et revenir avec une main ou un œil en moins. Une chose qui est apparue à Gênes, c’est qu’on criminalise les mouvements d’opposition et particulièrement ceux qui ne sont pas représentés au parlement. Cela s’est vu souvent depuis.

Dans vos romans, vous traitez de l’histoire contemporaine, est-ce que vous travaillez sur d’autres sujets ?

Je suis en train d’écrire sur la guerre du Liban. Je me lance dans un truc monumental mais c’est passionnant. Je me retrouve à lire des romanciers libanais qui ont écrit sur cette période, des écrits universitaires et journalistiques. Je travaille souvent sur l’histoire récente mais aussi l’histoire française, comment on est aussi victime ou responsable des guerres ou d’événements terrifiants.

Pratique

Rencontre avec Frédéric Paulin, animée par Catherine Dô-Duc, samedi 4 juin, à 18 h, esplanade de la salle Cap Caval à Penmarc’h.

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