INFOS

Le lauréat du Défi « Le Goéland Figuré »


Le lauréat du Défi « Le Goéland Figuré » est Hervé Marhic dit « G.Abiano » pour son texte « L’Ami Victor ».

L’ami Victor.
Martin rentrait du bourg où il était allé faire quelques courses. Il pédalait tranquillement sur la vieille bicyclette, slalomant entre les nids de poule pour éviter de chuter. Quiconque l’aurait observé de loin, aurait pensé qu’il était ivre, alors qu’il n’avait jamais bu une seule goutte d’alcool …
Une légère brise venait de la mer, apportant des odeurs d’iode et de sel qui se mêlaient au parfum épicé d’helichrysums réchauffés par un généreux soleil de fin de printemps.
Martin possédait un penty, hérité de ses grands parents. Il allait y rejoindre Victor, son vieil ami et seul compagnon depuis que son épouse l’avait quitté pour un monde meilleur.
Martin avait rencontré Victor bien des années plus tôt, alors qu’il étudiait la médecine. Il l’avait adopté et ne l’avait plus quitté, jusqu’au jour où une chute malheureuse ne l’éparpille avec fracas au bas d’un escalier.
Hébergé un temps dans un carton, faute de temps pour s’en occuper sérieusement, Victor avait déménagé au penty familial juste avant le mariage en attendant de recevoir les soins appropriés à sa pathologie. Ce n’était pas très confortable, mais Victor ayant l’éternité devant lui, il n’en prit point ombrage.
Martin souriait, songeant au jour où sa jeune épouse avait fait la connaissance de Victor en visitant la demeure ancestrale. Ouvrant un placard en pensant pouvoir y faire du rangement, elle était tombée sur un os, ou plutôt sur toute une collection morbide de ce qui n’était autre que Victor. En effet, il y avait un squelette dans le placard!
Bien qu’elle en eût une sainte horreur, elle avait gardé son sang froid. Une fois les présentations faites, elle avait bravement salué Victor avant de lui claquer la porte au nez. Jamais plus elle ne toucherait à ce placard, respectant le repos du vieil ami dont le destin était de vivre dans le noir et de faire le mort, en attendant que Martin ne trouve du temps pour le rafistoler.
Retraité, veuf et solitaire, Martin aimait retrouver son vieux camarade qui, à présent sorti du placard, occupait la pièce à vivre. Il lui racontait les nouvelles de la famille tout en lui raboutant minutieusement les os avec du fil de laiton : un vrai travail d’orfèvre. Hélas, le travail terminé, le moment des adieux arriva.
Pour Victor, c’était une renaissance. Il n’avait jamais été aussi beau, et se sentait en pleine forme. Il retournait à l’école où on lui avait trouvé un emploi pour enseigner aux enfants les secrets du corps humain. Il n’était pas près de prendre sa retraite…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *