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Atelier du 16 mai 2016

Voici les textes de l’atelier d’écriture du 16 mai 2016 animé par Gilles DEL PAPPAS lors du Festival du Goéland Masqué :

Les contraintes imposées : écrire une nouvelle au présent, avec une montée dramatique, dans laquelle a lieu un délit ou un crime. Y placer l’expression « le cri triste du goéland » et l’extrait « La nuit s’installe tout autour du bar. Le vent s’arrête doucement. Tout à coup, une chape de brouillard tombe sur l’établissement, l’isolant encore. C’est exactement à ce moment-là que l’homme pousse la porte grinçante et pénètre dans le chaud cocon. »

Un chien sur l'île (Yves)

Un chien sur l'île (Yves)

(L’extrait) Pas âme qui vive. L’homme émet quelques raclements de gorge destinés à attirer l’attention. Le portillon de l’arrière-salle s’ouvre brusquement, laissant passer un vieillard revêche, un trousseau de clés à la main. En grommelant, il examine avec insistance l’étranger barbu au visage buriné et lâche, toutes clés cliquetantes : « On ferme ! »

– « S’il vous plaît, donnez-moi juste quelque chose de chaud ! Je n’ai rien bu, rien mangé depuis des heures. J’ai fait une longue traversée avant de rejoindre votre île, je suis épuisé, glacé.»

Le vieil homme le mène fermement vers la sortie, ajoutant, inflexible : « Trop tard! »

 

La porte grince, les verrous claquent, le rideau de fer s’abat avec fracas et l’étranger se retrouve plus seul que jamais dans la froide obscurité. Le cri triste du goéland qui perce un brouillard de plus en plus épais lui semble un ricanement funeste. « Que croyais-tu ? Qu’on allait te faire la fête ? »

Puis tout à coup,  il perçoit un faible jappement venu d’on sait où, qui se transforme en aboiement continu au fur et à mesure qu’il se rapproche. Ce n’est pas le grognement ou le hurlement de ces chiens hargneux qui, tels leurs maîtres, vous font sentir qu’avec votre gueule de métèque vous feriez mieux de passer votre chemin. Bien au contraire, il y a quelque chose de joyeux dans la manifestation de la bête.

Soudain, à la faveur d’un réverbère qui jette sa pâle lueur sur l’épaisse ouate barrant le chemin du port, apparaît un chien sans âge, au pelage éteint. L’animal lance de petits cris aigus, il se tortille en tous sens, frétille de la queue, se dresse et se met à lécher affectueusement les mains de l’homme.

Mais voilà que les jappements d’allégresse deviennent bientôt de faibles couinements,  le chien se couche et ne bouge plus. L’émotion des retrouvailles a eu raison de son vieux cœur fidèle.

Les yeux pleins de larmes, l’étranger rejoint son bateau ; il  y attendra le jour. Cette purée de pois finira bien par se lever. Demain, il mettra à exécution son plan mûri au cours de longues années d’errance ponctuées de tempêtes et de naufrages. C’est décidé, demain il retrouvera Pénélope.

Et sur cette île, c’est dans l’ignorance de son destin que plus d’un insouciant passe sa dernière nuit d’homme sur une couche moelleuse ; demain, plus d’un perdra sa vie d’arrogance pour gagner les ténèbres et la brume éternelles.

La clé (Françoise)

La clé (Françoise)

(L’extrait) Le courant d’air me réveille. Je déteste le froid. Un mauvais pressentiment me parcourt. Je crois avoir déjà vu ce type. Le teint hâve, les yeux chassieux, sa maigreur effrayante, il ne les a pas trainés par ici depuis un moment ! La patronne fait l’indifférente. Bizarre, elle, d’habitude, si bavarde ! Et le gros là-bas, accroché au bar comme chaque soir, il plonge ses bas-joues dans son demi d’un air „je ne veux rien savoir“!!!

Un cognac ! grince l’homme. Sans un mot la patronne s’exécute. Sa main tremble en poussant le verre vers l’homme qui l’arrache carrément du comptoir et l’avale d’un trait. Un silence lourd s’installe, brisé un instant par le cri triste du goéland. „Saloperie de volatile, je hais cet oiseau de mauvaise augure, cruel et imbouffable !“

Je me recroqueville, personne ne me remarque, là est ma force. Je sais pourquoi la patronne tremble, elle en a gros sur la conscience ! Elle finit par ouvrir la bouche „Alors, dit-elle, ils t’ont libéré“ ? „Pas trop tôt“ répond le squelette, „Je viens chercher la clé“. Le gros  lève ses yeux morts, un peu de vie émerge, un tressaillement ! Il a peur lui aussi, ça y est, ça devait arriver !

Le cri triste du goéland apporte toujours une mauvaise nouvelle.

„Alors, cette clé ?“ commence à s’énerver le désossé !

La patronne ne bronche pas, son visage rubicond blanchit progressivement.

Avec peine elle tend la main vers un tiroir.

„Pas d’embrouille ! Je ne me suis pas fait coffrer pour des prunes, tu sais ce que tu me dois !“

Le taulard la transperce de ses yeux bigleux, calme mais déterminé.

La main de la patronne ne tremble plus quand elle ouvre le tiroir prestement.

L’homme n’a pas le temps de sortir son arme. Non, il n’ira pas plus loin, je me dresse sur mes pattes, le poil hérissé, toutes griffes dehors, d’un bond je lui saute au visage. La patronne a sorti une bombe, un jet d’acide part aussitôt, l’homme hurle, aveuglé il se rue dehors.

Bien joué, Attila, on ne le reverra pas de sitôt ! Je repars en ronronnant vers ma couchette, le gros replonge ses bas-joues dans son demi, la patronne rince le verre de cognac.

Maintenant, la nuit est noire dehors, la lumière jaune du lampadaire poisse les docks et les quais.

Le goéland (Patricia)

Le goéland (Patricia)

(L’extrait) D’un regard il englobe la scène qui se présente à lui : au fond à droite le vieux poêle, à gauche le comptoir derrière lequel de déplace avec peine la vieille Marion, au milieu l’escalier biscornu et vermoulu et partout une fumée enveloppante et âcre qui provient tout autant du bois qui se consume que des marins tirant avidement sur leurs vieux mégots.

La porte grince. Tous se retournent et le dévisagent. Tous le reconnaissent. L’air glacial qui entre avec lui fait baisser de plusieurs degrés la température, aussi bien celle de la pièce que celle de leurs corps. Tous se souviennent et tous se remplissent d’effroi.

  • « Le goéland ! Ce n’est pas possible ! »

Les vieillards sursautent. Cette voix qui vient de rompre le silence leur fait prendre conscience de l’inimaginable. L’effroi devient terreur. Ils savent tous sans se l’avouer. Ils savent…

Marion a crié ce qu’ils n’osent pas même  murmurer.

Tous sont si vieux aujourd’hui. Mais leur mémoire est intacte. Ils savent que rien ne va pouvoir continuer comme avant. Ils savent… La prédiction va se réaliser après tant d’années.

Cinquante ans plus tôt : tous ne sont que de sales mômes dont le jeu favori est de pourchasser les jeunes goélands. Mais le jeu devient souvent cruel. La cruauté l’emporte sur le jeu. La cruauté envahit leurs esprits, leurs corps. Ils torturent plus qu’ils ne  pourchassent Le jeu enfantin n’est plus qu’horreur jusqu’au jour où…

Le jeune animal les fixe, les englobe de son regard perçant. Tous ressentent un grand froid qui les envahit peu à peu. Ce jeune goéland est bien différent des autres. A ce moment-là  tous se remémorent la vieille légende que le village entier connait mais qu’eux ont voulu délibérément  oublier pour ne plus se consacrer qu’à leur jeu morbide.

Les bourreaux sont muets et pétrifiés sous le regard si pénétrant. Sous leurs yeux ébahis l’animal se transforme lentement et apparait un jeune enfant. Son regard les glace. L’enfant se meurt sous leur torture mais murmure les mots fatidiques. Tous les entendent comme s’il les avait criés : – « Je reviendrai, je reviendrai. »

Tous se rappellent alors la malédiction : « Qui touche au Goéland sacré meurt et se consume ; qui touche au  Goéland sacré ne connait que l’enfer. »

Le Goéland sacré n’est autre que le prince de la mer, leur prince, le dieu de leur village, leur protecteur qui peut surgir de nulle part sous les traits d’un enfant, d’un elfe, d’un sorcier ou d’un monstre.  Alors leur reviennent à l’esprit les récits de leurs aïeux. L’enfant prince n’est plus à nouveau qu’un goéland meurtri qui dans un ultime cri s’éteint brusquement.

 

Cinquante années de cauchemars, d’épouvante, de malheurs toujours croissants pour tous ses tortionnaires. Dans leur tête aujourd’hui comme ces cinquante dernières années résonne de plus en plus fort le cri triste du goéland. De plus en plus fort. De plus en plus fort…

Puis plus rien. L’homme est reparti. Le bar disparait sous le brouillard. Bientôt il ne reste que le  brouillard. Plus de trace ni du bar ni de ses occupants.

Un goéland s’éloigne.

L'île (Christi)

L'île (Christi)

La touffeur de Manille les cueille sur le tamac puis leurs cris de joie résonnent lorsqu’ils se serrent sur le toit des jeepneys, mini- bus locaux qui les emmènent jusqu’à la petite île de Minhelo.

Tous les membres de la bande se connaissent depuis le collège ;une soirée ils ont mis le doigt sur la map-monde et trouvé leur destination de vacances. Ils ont choisi une date un peu …aléatoire et vont devoir “goûter” à la mousson.

Les filles sont libres, belles, bronzées, les garçons drôles, un peu foufous, amoureux, aventuriers.

La location d’un prao, le bateau local des pêcheurs, la préparation des sacs de survie sont vite mis en place. Un picotement d’angoisse saisit les filles : le ténébreux loueur les mate TOUTES  une par une d’un regard torve.

Au diable l’emphase et la dramatisation elles dénouent leurs cheveux écarquillent leurs doigts de pieds dans le sillage du bateau  redeviennent légères et insouciantes. Les deux nuits d’immersion sur l’île déserte sont tout simplement MAGIQUES.

 

Ce matin le chef de section a poussé la porte de la masure de Praan le loueur de bateau.

“Tu sais que tu DOIS cet acte à la cause, c’est le moment, ce soir, c’est le grand soir”

Praan sait que ce jeunes gens suintent la luxure et le mal pur;

il est prêt, il attend depuis si longtemps …

Il se dirige vers la table et commence à soigneusement affiler son coupe-coupe.

 

Le retour vers la base sur l’île principale est un peu agité un fort clapot fait giter le bateau : nausées, grincements de dents …

A terre le cri triste d’un goéland accompagne notre joyeuse  équipe qui se soude autour de bières locales et refait le monde et leur folle équipée insulaire.

La nuit s’installe tout autour du bar, le vent s’arrête doucement tout à coup une chape de brouillard tombe sur l’établissement, l’isolant encore. C’est à ce moment là que l’homme pousse la porte grincante et pénètre dans le chaud cocon… Les filles se regardent : merde l’homme chelou qui leur a loué le bateau!

Il se dirige droit vers elles, un coupe-coupe aigu et luisant rythmant sa marche lente et assurée…

le carnage va commencer.

L'ombre du Goéland (Anne Si)

L'ombre du Goéland (Anne Si)

La nuit s’installe tout autour du bar. Le vent s’arrête doucement. Tout à coup une chape de brouillard tombe sur l’établissement l’isolant encore. C’est exactement à ce moment-là que l’homme pousse la porte grinçante te pénètre dans le chaud cocon laissant derrière lui les ombres noires.

La lumière jaune, pauvre de l’ampoule, l’éclaire à peine. Tous les regards se tournent vers lui dans un silence oppressant.

Il ne ressemble à aucun d’eux, il n’est pas  de l’île, cela se voit. Il est grand et maigre, le teint trop blanc, ses cheveux longs raides tombent sur son blouson. Ses yeux froids fixent Youn le gars du bar, lames qui le transpercent. Youn sent ses jambes flageoler, il se retient au bar vernissé, et baisse les yeux vers son torchon, il essuie un verre, il a eu le temps de voir la large entaille qui lui balafre la tête d’où le sang coule et goutte sur le sol de vieux bois.

La porte claque derrière l’homme qui est entré mais ils entendent le cri triste du goéland dans la nuit.

Ce cri porte à leur comble l’angoisse et la peur.

L’étranger s’appuie contre la porte, Edith Piaf chante toujours «  Moi j’essuie les verres au fond du café », personne ne l’entend.

Il voudrait empêcher cette damnée porte de s’ouvrir, il sait pourtant que c’est dangereux de rester là, coincé sans issue. Dans l’île il pensait échapper aux ombres noires qui le traquent. Il a couru, couru sous les lourds nuages, couru sous la tempête. Mais tout ici lui est hostile, tout est vide et désenchanté – le vent, la pluie, le brouillard, la mer sombre déchiquetée de blanc qui s’écrase sur les rochers. Et ce ciel violet, encre noire qui écrase l’île sombre et sinistre. Désespérance. Il doit fuir à nouveau, il a couru sur cette route qui se perd dans l’infini, paysage lunaire désolé des landes. Peur, course dans la nuit.

Il a été attiré comme une phalène par la seule lumière vivante du port au bout du quai.

Ils l’ont piégé dans le bateau de l’autre côté de l’île – foutue drogue qui a émoussé ses réflexes.

Il entend à nouveau le cri triste du goéland, foutu présage.

Des coups, des heurts violents contre la porte, le bois craque, la porte s’ouvre sur un ouragan de fureur, d’ombres noires, cris, claquements, grincements, un vent glacé fendille le miroir.

Une profonde terreur les fige sur leurs chaises. Le chat noir sur le comptoir toutes griffes dehors, poils hérissés, miaule rageusement.

L’étranger terrifié veut fuir, il se précipite, sort une lame, taille dans le vif, mais les ombres  ne tombent ni ne saignent. Il ne voit plus rien, le sang coule dans ses yeux. Une terrible douleur lui cisaille la poitrine. Les ombres noires ensorcelées, effrayantes, l’enserrent, l’étouffent de leur sang noir.

Dans le bar, les vieux ne pensent pas. Peur, peur. Ils en sont portant affronté des tempêtes dans cette île du bout du monde. Youn laisse tomber le verre qui éclate dans un bruit sec.

La porte claque. Les ombres des anges noirs ont disparu dans un hurlement de rage emportant l’homme au blouson dans la nuit aussi sombre que l’inconnu. Et l’on entend pour la troisième fois le cri triste du goéland qui se dissout dans l’impalpable brume.

Le fils du pharmacien (Valérie)

Le fils du pharmacien (Valérie)

(L’extrait) Je le reconnais. C’est le fils Le François. Le fils du pharmacien. Un gosse de riche. Lui ne me calcule pas. Faut dire que ça fait longtemps aussi.

C’est l’ennui et le hasard qui m’ont poussé à nouveau jusqu’ici. Mais lui, visiblement, sait pourquoi il est là. Il arrive, tel un cador, comme toujours. Et surexcité avec ça. C’est sans doute pas son premier bar de la soirée. Pas sa première tournée. Il est attendu, on dirait.

« Me voilà les amis. Je suis venu avec.» lance-t-il en invitant les autres à le suivre. Alors avec sa bande, ni une ni deux, il ressort sans rien commander.

Je m’approche de la fenêtre, j’essuye la buée…Eh! Devant le bar y’a une belle Harley flambant neuf. Je le vois qui l’enfourche fièrement devant tous ses potes. Ca crie, ça piaille. On entend presque plus la musique. Un bon vieux rock aux décibels non réglementaires!

Quand je le vois, je me dis qu’il est toujours aussi prétentieux. Mais sans doute que je l’envie aussi. Et je ne suis peut-être pas le seul. Je me rappelle, au collège déjà, les parents pourrissaient leur petit coco. D’ailleurs, si ça se trouve, celui qui a fait le chèque…

Enfin je m’en fiche. Je les laisse et je retourne à ma place. Je n’étais pas venu ici depuis longtemps mais je me dis que dans ce patelin, rien n’a l’air d’avoir changé. Je finis ma bière. Faut que je rentre. Je ne me sens plus du même monde.

Mais alors que je paye Lili, la patronne, qui elle par contre a bien changé, voilà qu’une nana entre dans le bar. Une brune au joli minois, et plutôt grande tige, grand sourire, jeans un peu usés mais chemisier blanc impeccable. Beaucoup d’allure. Elle a ignoré tout ce qui se passait dehors. Même pas jeté un coup d’œil à l’engin. Alors elle m’intéresse.

Je me demande comment va réagir le Le François avec cette poulette. Il n’a pas l’habitude qu’on lui résiste. Enfin dans mes souvenirs. Je n’ai pas longtemps à attendre. Le voilà qui revient avec sa troupe et lance à Lili un « tournée générale » tonitruant.  Puis il repère la fille qui s’est assise seule à une table, visiblement très occupée à lire des trucs dans son portable. Elle attend peut-être quelqu’un.  Mais le gars a bien l’intention de ne pas la laisser finir seule la soirée. Il s’approche de sa table et, avec l’œil qui frise, lui fait une drague bien appuyée.

Elle accepte de lui parler mais n’a pas l’air très intéressée par l’animal. Enfin à c’que je vois.

C’est pas pour me déplaire, à vrai dire. Il l’invite au bar mais elle préfère rester là. Je ne sais pas s’il est vexé. En tout cas, trop fier de parler de sa bécane, il rejoint ses potes, mais lance régulièrement des œillades à la belle brune.

Je commande une autre bière.

Au bout d’un quart d’heure, la fille se lève, passe à côté de moi. Je croise son regard bleu-vert. Elle lève les yeux au ciel en faisant la moue. Ça en dit long sur ce qu’elle pense du « fils de ». Puis elle m’adresse un sourire ravageur qui me renverse. Elle traverse la pièce en direction des toilettes. Plusieurs gars la matent sur son passage.

Y’a pas à dire, elle prend des risques cette fille à venir ici. Et belle comme un cœur en plus !

J’entends à nouveau l’autre qui raconte où il a acheté son bolide, combien ça lui a coûté, à quelle vitesse il a roulé sur la nationale pour venir jusqu’ici… Une vraie tête à claques !

Le temps passe. Mais que fait la belle plante ? Si certains l’ont oublié, pas moi. Alors qu’un affreux courant d’air souffle dans mon dos, je me lève. Une porte claque. Un rock qui me rappelle ma jeunesse chante « should I stay or should I go ? ». Bonne question.

Alors là un truc incroyable se produit. Pendant qu’on est tous au chaud dans le bar, dehors, on entend plusieurs bruits secs, comme un déclic, puis une pétarade hurlante.

Les yeux écarquillés, tous, ça nous fait un coup au cœur, ça nous secoue les tripes. Le cador perd toute sa contenance. Il se décompose. Blanc comme un cachet qu’il est le type.

Le temps de sortir… la fille sur la bécane n’est plus qu’un petit point qui file vers l’horizon.

Alors le fils Le François se met à hurler son désespoir. On dirait le cri triste du goéland. Et ça déchire le ciel.

Texte de Gilles DP

Texte de Gilles DP

(L’extrait)… Il porte sur le dos un sac mou fermé par une corde qu’il a passé sur l’épaule. Cela semble lourd car en le posant à terre, il est soulagé.

  • Ouf !

Les consommateurs, des habitués s’arrêtent de discuter pour envisager l’inconnu. C’est un homme de mer, caban, casquette… Les gens de par ici sont curieux, mais bien élevés. Ils reprennent leurs conversations comme si de rien n’était comme s’il n’était pas là.  Jack glisse vers l’homme qui s’est tanqué devant son comptoir.

  • Mouais ?

Il continue de s’absorber dans l’essuyage d’une tasse, pourtant déjà bien sèche.

  • Je veux un demi bien frais et sans faux col !

Je ne l’aime pas, il regarde furtivement de droite, de gauche, comme pour se prémunir d’une menace, il ressemble à un animal acculé. Dès qu’il est servi il boit goulument son bock et le pose brutalement sur le comptoir. D’un geste il demande à Jack de le resservir. Celui-ci déteste les nouveaux, et les nouveautés. Il fait semblant de ne pas l’avoir vu et continue d’astiquer la porcelaine.

  • Un autre !

Le marin a levé la voix pour se faire entendre. Elle est rauque, comme si l’on l’avait frottée avec du papier de verre.

Tout à coup, je perçois dans le sac un mouvement. Il n’y a que moi qui le vois car je suis sous une table et je suis à sa hauteur.  Mince ! Qu’est-ce que cela peut-être ? Un gros poisson ? Ou alors, une langouste… un beau homard ! Si c’est le cas ce doit être un monstre sortit des abymes ! En tout cas moi qui traîne au marché tous les samedis, je n’en ai jamais aperçu de ce volume ! Je sors de dessous la table et j’essaie d’attirer l’attention de mon papa qui joue aux dames avec Monsieur Alfred, le coiffeur. Normalement je ne devrais pas être là, maman n’aime pas que je traîne dans le bar… mais il s’agit d’un cas de force majeure, elle a été obligé d’aller au docteur pour que celui-ci aide mon papa pour le petit frère. Je n’ai pas tout compris, il s’agit de pilules.

  • Pa…

Je le tire par la manche.

  • Oui ma chérie, que veux-tu ?
  • Ça peut être gros comment un homard ?
  • Ho, ça dépend !

Et il reprend sa partie de dames.

Comme réponse, je suis drôlement servie. Mais mon père, je l’aime, mais il est ainsi… aléatoire !

Maintenant ça s’agite drôlement, le homard a dû se réveiller ! L’homme continue de déguster sa deuxième bière avec plus de retenue que la première.

Je n’y tiens pas… je sais bien que ça ne me regarde pas, mais je suis faite ainsi… il faut que je sache. Je rejoins l’homme et me pose devant le sac, les mains derrière le dos. Il m’aperçoit enfin.

  • Qu’est-ce que tu veux la mouflette ?

Les consommateurs, sentent une situation peu ordinaire arrêtent de jouer et de discuter et se tournent vers nous.

  • Qu’est-ce qu’il y a dans ton sac ?
  • Quoi ?
  • Qu’est-ce qu’il y a dans ton sac ?

C’est exactement à ce moment que le sac semble pris de convulsions et qu’un cri en sort. Et là, il n’y a pas à se tromper, c’est celui d’un enfant ! L’homme me crie.

  • Petite peste !

Puis rapidement il se baisse pour ramasser le sac, mais je suis plus rapide encore et je pose le pied dessus la corde, l’empêchant ainsi de le saisir. Les hommes se lèvent…

L’homme en hurlant s’échappe du bar… on entend son hurlement de rage encore un moment après qu’il soit sorti.

Je me mets à genoux et défais le nœud du sac. Il m’apparait alors une jolie tête blonde et deux yeux qui se posent gravement sur moi. Je suis ravie, enfin un petit frère !